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Histoire de la commune
Préhistoire
 
Aucune fouille archéologique n’a pour le moment été effectuée sur les anciens habitats. Par conséquent, il reste beaucoup à découvrir. Seuls parlent les ruines, les écrits, la tradition orale. Pas de menhir ni de dolmen mais de nombreux abris ou grottes sur son territoire. Le silex ou quartz abonde et a aidé nos lointains ancêtres à de multiples usages : couper, racler, tuer, allumer le feu… La pénétration a été naturelle par les deux versants du Lancone. Côté Rutali, le chemin reliant Ortale, Erbaghjolu, A Cannuta, E Fiumare ou de plus bas A Chjarza, A Cannuta, E Fiumare de là vers I Pughjali ou E Piane pour déboucher sur la conque. Près des Pughjali au lieu-dit Senapaghju ou Sanapaghju, peut-être les vestiges d’un tumulus que des archéologues pourraient identifier. Les Pughjali sont un lieu stratégique de passage et vue sur deux régions et au-delà les deux mers Tyrrhénienne et Ligure.
En zone plus escarpée, vers Chjarasgetu via Purettu et accéder aux plateaux de Santa Chjara. A Turricella a pu être dès la préhistoire un observatoire ou un lieu de signal. U Loru qui pourrait être un petit village protohistorique avec enceinte de défense. Lieu-dit U Stantaru, signifiant menhir, entre San Vitu et le Bivincu sans qu’on ait toutefois trouvé de mégalithe.
U Loru avec ses vestiges non encore fouillés par les archéologues, pourrait se révéler comme un village protohistorique avec une enceinte fortifiée puis devenu une cité habitée de l’antiquité au Moyen Age et même à l’Epoque Moderne fin XVIe et première moitié du XVIIe siècle. C’est peut-être le Lourinon de Ptolémée, une des deux cités du Nebbiu, bien que ce nom ressemble aussi à Turrenu. Son église de San Sari datée du Xe - XIe siècle, a servi à la fin du XVIe et en 1619 d’église paroissiale sous le titre de San Vito et San Cesareo de manière officielle avec l’abandon de San Vitu Vechju.
 
Antiquité (jusqu’à l’an 500)
 
Le "Charax " un des habitats organisés dont parle Strabon géographe grec vivant de -58 à +25 de notre ère donc contemporain de Jésus-Christ. On pourrait le localiser, pour la ressemblance du nom, au lieu-dit A Chjarza en contrebas du Lancone, près du Bivincu et extrême limite de la commune mais on pourrait le situer également à Chjarasgetu au-dessus de l’Ortale, en contrebas de Santa Chjara et de A Turricella. En cet endroit se situent Santa Cristina et Casa Suprana. Il n’est pas trop loin de Stella. Il surplombe la plaine de Biguglia et de la Marana et fait face à l’étang, la mer et l’archipel toscan. De même pour l’"Enikoniæ" de Strabon qui pourrait être dans le Lancone.
U Rumanu. Rapport avec les Romains ? Campement de l’armée romaine ?
 
Le Lourinon (ou Lurinum en latin) du cartographe et astronome égyptien Ptolémée (vers 150 de notre ère. Il a localisé 27 cités en Corse) pourrait être au Loru de Rutali près de la chapelle San Sari et du Rumanu. Mais il pourrait correspondre aussi à Turrenu que les villages alentours prononcent Turranu, contraction possible de Turrianu.
 
Turrenu pourrait être l’une des cinq cités de Corse désignée aux VIIe par l’Anonyme de Ravenne Turrinum. Celui-ci révèle que dans la zone soumise aux Byzantins, on trouve une île qu’on appelle Corsica dans laquelle on rappelle qu’il y eut plusieurs cités parmi lesquelles il désire nommer : Marinianis, Colonia Julii, Turrinum, Coenicum, Agiation. Il s’agit des cinq évêchés de notre île. Selon Jean-Marie Arrighi et Olivier Jehasse dans leur Histoire de la Corse et des Corses, ouvrage paru en 2008, ce sont les cinq centres administratifs, économiques et politiques, chacun de ces lieux de pouvoir est un évêché. Ce qui revient à dire que l’évêché du Nebbiu était précédemment situé sur le territoire actuel de Rutali. Ce nom ressemble aussi à celui de "Tainum" moins à Taina ou Tanate, ville épiscopale qui a été détruite par les Lombards, envahissant la Corse en 582 selon une lettre du pape St Grégoire le Grand (590-604).
 
Ponte à Turrenu : Les Romains ont dû construire un pont en pierre pour franchir le fleuve. A quel endroit ? Le Ponte à Turrenu permet de monter vers Turrenu et vers San Vitu de Rutali mais plus bas vers le Mulinu à e Noce existe un autre ancien chemin qui reliait le Nebbiu à la Marana et qui fait la limite de Rutali avec Olmeta.
 
San Parteu ou Perteu en corse, Parthée en français. Une dizaine de sanctuaires en Corse sont dédiés à ce martyr des premiers temps chrétiens. Selon certains (chanoine Casanova.1930), il fut le premier évêque de Mariana consacré par Saint Pierre et Saint Paul. Pour d’autres, il fut martyrisé en Balagne au début IVe avec ses compagnons Saints Domiziu, Severinu, Paragoriu, Partenopeu, et Santa Ristituta venus de Carthage fuyant la persécution de Dioclétien (version du Chanoine Alberti en 1986 qui indique que lors de l’ouverture du sarcophage à Olmia de Calenzana en 1951, les experts reconnurent dans ces ossements six corps humains). Mme Moracchini-Mazel (Cahier Corsica 1992) pense que c’étaient des carthaginois exilés par les Vandales au Ve siècle au même titre que Saint Euphrase, Saint Appien, Saint Florent et que Parteu a pu exercer l’épiscopat de Mariana entre 439 et 476. Selon certains, après sa mort, on aurait ramené ses restes de la Balagne à Mariana et des sanctuaires sur la route du passage seront édifiés. Des sanctuaires se trouvant ailleurs et sur d’autres trajets, il est possible de penser qu’ils le furent en raison du don de reliques ou en souvenir de son apostolat. Le chanoine Casanova faisait état de deux Parteu, le premier natif de Mariana consacré par Saint Pierre et Saint Paul au premier siècle, le deuxième martyrisé avec les cinq compagnons sous Alexandre Sévère en 225. Au IVe ou Ve siècle, on a pu édifier à Turrenu le premier sanctuaire en son honneur ainsi qu’à Mariana où l’église médiévale qui lui est dédiée remplace une première église paléochrétienne.
           
Moyen-Âge (de 500 à 1500)
 
Sant’Andria situé près de U Santu à l’intersection de routes. On n’a pas trouvé de vestiges de chapelle. Mais plus loin vers E Pardinelle et A Selva en direction des Pantani, il y a eu une occupation ancienne.
Entre Sant’Andria et U Santu, Acqua Fredda est peut-être l’"Aqua Frigida" où eut lieu vers 1080 le plaid du Marquis Albertu des Obertenghide Massa. À proximité ruisseau de "Castrabacca" du latin castra, fossé, circonvallation mais aussi castrum, le château-fort et alors nous aurions la déformation de Castrum ad Aqua c’est-à-dire Château d’Acqua Fredda.
 
Nous avons trouvé la première appellation de Rutali sur le livre La Corse Médiévale de Silio Scalfati qui a transcrit le cartulaire latin de l’ancien évêché du Nebbiu. Nous y apprenons qu’en 1254 et 1257, Rollandinu était diacre de Rutali. Le nom de Turrenu apparaît sous la forme de Turano, podere de Turamo, casale Turianacem. Cités aussi le Losinco (U Lusincu) la Gallinaccia (A Salimaccia)
 
Des donations du "podere" ou domaine avaient été faites en 1264 par Boscetu condam Obertu (et celui-ci fils de Amondu) de Turano (Turrenu) à l’évêché du Nebbiu. En 1265, Asinellu et Vivaldinellu fils d’Obertellu font une réclamation. Leur sont reconnus des châtaigniers au Losinco et une vigne au pied dela Gallinaccia et à Obertu tout le podere au casale Turanaccenu. Le Lusincu est situé entre Turrenu et E Piane et figure sur la matrice cadastrale de Rutali. La Gallinaccia devrait être plutôt A Salimaccia qui existe en ces lieux.
Ainsi donc, nous aurions à Rutali la présence des nobles de Toscane.
 
L’actuel San Parteu est une "casetta" ou maisonnette sans toit. Elle remplace l’ancienne église. Elle a été transformée en habitation avec un escalier d’entrée, une belle cheminée, deux fenêtres, une cave voûtée en y accédant de l’intérieur et donnant sur une petite cour fermée. Cette maison possède des meurtrières. Les pierres proviennent de l’église paléochrétienne puis romane qui était peut-être située au lieu-dit U Santu 400 m plus haut, à l’intersection d’antiques chemins muletiers. Mais elle a pu être à l’endroit actuel sans que l’on ait trouvé son abside et U Santu désignerait alors un cimetière (campusantu) ou un saint disparu. Trois petits claveaux blancs remployés dans les murs proviennent d’un arc de porte d’église. Également d’origine, deux tympans semi-circulaires en calcaire, au diamètre de 0,41m. Le premier porte une date1816. Le second tympan porte semble-t-il l’inscription "Domus rustica..." (maison de campagne) et d’autres lettres illisibles sur le bas, et impossible à déchiffrer. Ces deux tympans avaient été mis en sécurité en leur demeure, il y a quelques années par le chanoine François Casta et son frère Charles, propriétaires de San Parteu, car des curieux auraient pu se les approprier. En 1565, selon l’historien de l’époque, l’archidiacre Antompetru Filippini, les lieutenants de Sampieru se trouvaient à Rutali pour y lever la taille nécessaire au fonctionnement de son armée. En représailles, Stefanu d’Oria, commandant les Génois, y envoya deux compagnies de San Fiurenzu pour brûler "la villa di Rutali" probablement le secteur de San Vitu et de San Parteu. Le curé d’alors, Paulinu di Lentu (ou peut-être di Leutu), fut maltraité dans sa personne et ses biens. Les habitants prisonniers furent envoyés aux galères de Gênes.
En 1575,  Mgr Cesare Contardo évêque du Nebbiu a visité les chapelles de "San Protheo" de Turrenu (s’agit-il de Saint Prote ou de Saint Parthée ? ou finalement le même nom - Proteu et Perteu - prononcé différemment ?) et celle de San Vitu. Les maisons de Turrenu sont ruinées. L’église de San Protheo est abandonnée, sans cloche, la porte ouverte. Celle de San Vitu est en mauvais état. Dès lors, San Parteu n’a plus fait d’office religieux et la maisonnette actuelle a remplacé l’église dont les pierres ont servi pour sa construction ou pour d’autres murs.
Le toit de San Perteu s’est effondré il y a quelques années détruisant la moitié de la voûte de la cave. À présent, les murs eux-mêmes se dégradent.
 
Chapelle romane ou préromane de San Vitu située au nord du village sur un "poghju" près de A Tizzola et de A Presa. Il ne reste plus rien à part, sur le sol, quelques petites pierres blanches taillées, signe révélateur d’une chapelle car elle comportait ces pierres calcaires de St-Florent mélangées aux autres. Les pierres ont été remployées dans l’ancienne église baraque proche, dans l’église actuelle qui porte son nom - elles ne sont plus visibles car elle a été crépie - peut-être l’ancien cimetière à sa porte d’entrée et ici ou là dans les maisons du village sans doute par dévotion et pour demander la protection du saint. La paroisse de San Vitu avait des droits. Il s’agit de possessions dont elle percevait la dîme comme à la Ferrera et San Salvadore de Muratu.En 1254, Rolandinu est diacre de Rutali (première mention du nom de ce village dans les textes). Mgr messer Francescu de’ Perfetti évêque du Nebbiu, celui-là même qui fit donation d’une partie de son domaine aux habitants de St Florent au milieu du XVe siècle, est cité dans un acte du 11 mai 1495 par le notaire Andriano qm Daniello de Ferringule pour une confirmation des privilèges de San Vitu de Rutali.
A Tizzola ou "Tuzzola" (dérivé de "tozza" qui signifie rocher) sur la taille de 1454. Il y avait alors deux feux. En contrebas de San Vitu.
 
À l’est du village, au-dessus d’Ortale di Biguglia, chapelle de Santa Cristina près de Casa Suprana et dans le vallon de Chjarasgetu sur un replat. Seule une base de mur de ce sanctuaire peut s’apercevoir dans le maquis. Des fouilles permettront d’éclaircir l’importance de cette chapelle sur cet endroit escarpé et surplombant la plaine. Sainte Christine fille de gouverneur a été martyrisée à 14 ans en l’an 285 près du lac de Bolsena en Italie. Pour ce qui concerne notre sanctuaire, certains disent que c’était le refuge de premiers chrétiens fuyant les persécutions romaines de la capitale proche Marana ou Mariana (temps de Ste Dévote ?). On sait que le lieu-dit Casa Suprana a été abandonné à cause des incursions barbaresques en 1584. L’ensemble avec Chjarasgetu et plus haut A Frataia servait toujours aux cultures (châtaigniers, noyers) mais aussi à l’élevage de chèvres, brebis, vaches et même de porcs par la suite. Un arbre qui hélas aujourd’hui a péri dans les incendies mais qui est à l’origine d’un lieu-dit cadastré, figurant même sur le plan Terrier de 1773 appelé A Leccia à l’Orcu (Le chêne-vert de l’ogre) fait penser à un arbre de taille ou à un berger qui y vivait solitaire, une sorte d’ogre. Près de la Frataia, lieu-dit I Casgili, endroits où on entreposait le fromage pour le conserver. On peut comparer avec Santu Petru di Tenda et les Egriate où existe la Casa di u Lurcu, dolmen ou maison de l’ogre.
 
Chapelle romane de San Sari du Xe siècle dont les fondations ont été relevées en 1991 et dont Mme Santia Bonifacio présidente de la FAGEC Nebbiu en fait la relation dans le cahier Corsica dirigé par Mme Moracchini-Mazel. Elle est située près d’une grande châtaigneraie du même nom, aujourd’hui brûlée, et de l’ancien village de U Loru. San Sari désigne San Cesariu mais on s’interroge sur la prononciation [særi]. L’église a servi de lieu de culte paroissial vers la fin du XVIe et début XVIIe après l’abandon de San Vitu et de Turrenu après 1565. Le 23 avril 1585, en l’église de Sáto (sancto ou santo) Cisario, est faite l’élection du chasseur, ce dernier désigné pour abattre les bêtes sauvages qui occasionnait des dommages aux cultures. Auparavant le 28 décembre 1583, l’élection du chasseur s’était déroulée « in la chiesa » en l’église de Rutali. Le saint n’est pas spécifié, cela a pu être soit à San Vitu Vechju soit à San Sari. Avec l’accord du gouverneur, le chasseur avait seul le droit de porter l’arquebuse. Le 13 mai 1619, Mgr Castagnola désaffecte San Vitu et la paroisse s’appelle pour quelques années San Vito et San Cesareo. Le 12 mai 1622, Mgr Giovanni Mascardi donne ses instructions pour l’église et même pour la casaccia (local de la confrérie), le cimetière, les châtaigniers à planter, et fait référence même à la can.ca (pour canonica, presbytère) pour que le curé y habite. Dans la visite pastorale du 1638, le recteur de l’église est Prete Danese. On y parle en plus de barrières pour que le bétail ne s’introduise pas, du mur du jardin à construire, et même des limites et bornes (termini) à faire en présence du notaire. Toutefois, Mgr Giovanni Mascardi la dénomme San Vito et San Modesto. Cela veut dire que les Rutalais ne veulent honorer que St Vitus et son précepteur martyr aussi. De plus, ils veulent sauvegarder les privilèges de leur saint patron. San Sari trop à l’écart n’a pas été retenu définitivement. Les Rutalais construisent l’église baroque actuelle sans que l’on sache si lors de sa visite en 1655 Mgr Saporito officiait en l’église actuelle de San Vitu ou toujours à San Sari.
Lieux-dits à proximité de San Sari, du Loru et du Rumanu, des vestiges d’habitations à l’Altu di San Sari, A Milaghja, Ghjuncheta.
 
A Turricella pourrait être d’époque moyenâgeuse si elle représente le « Montechjaru », un des châteaux, tout comme à Stella, des seigneurs de Bagnaghja qui avaient leur siège au Castellu d’Ortale di Biguglia. Le château de Montechjaru était peut-être situé au Monte à a Luce en contrebas de Santa Chjara et dominant Chjarasgetu. Auquel cas, A Turricella était une tour de guet. Un lieu-dit Castellu est cité dans l’ancien cadastre de Rutali près de la Media (A Madia prononcé mærja)
Sites de Santa Cristina, Petrallarata et A Turricella, A Turretta, Stella à étudier en liaison avec l’Ortale et Borgu.
 
Époque moderne (1500-1800)
 
1523 le 12 mars : détenu auparavant par le prêtre décédé, le bénéfice ecclésiastique de San Paulu (de Vallecalle) avec ses annexes San Vitu (de Rutali), San Fructuosu (ou Fruttuosu devenu Frittozzu), de San Niculò (Niulone aujourd’hui) de la plaine est concédé à Rome au fils de Teramu da Casta et confirmé par Gênes.
1530 : le ponte à Turrenu qui enjambe le Bivincu est signalé dans la Description de Mgr Giustiniani. Il remontait peut-être à l’époque pisane car Giovanni della Grossa (XVe siècle) dans sa Chronique dit que les Pisans nous ont laissé de superbes ponts. Les "Ferrere" ou ferrières, forges, existaient au fleuve Bivincu du temps de Mgr Giustiniani. On y exploitait le fer de l’île d’Elbe au XVIIe  (à moins que ce ne soit dans l’autre ferrière située en amont près de celle de Muratu).
Durant l’été de 1565, le général Stefano d’Oria envoie de San Fiurenzu l’infanterie et la cavalerie brûler la "villa" (village) de Rutali. On pense ainsi qu’il a visé Rutali et Turrenu actuels. Le curé d’alors, Polino (Pulinu ou Paulinu) di Lentu (ou di Leutu ?) qui a résisté contre les Génois à l’appel de Sampieru, sera incarcéré puis libéré après avoir été maltraité dans sa personne et ses biens. Six habitants prisonniers (le podestat Nivaggiolo (Nivaghjolu fils de Pirinu ou Pierinu), Simonetto, Agostino, Francesco, Matteuccio et Matteone) seront envoyés aux galères de Gênes. Ils protestent de leur innocence. Le 28 août 1572, ils adressent une requête pour être libérés des galères.
En 1575,  Mgr Cesare Contardo évêque du Nebbiu a visité les chapelles de "San Protheo" de Turrenu (San Parteu) et celle de San Vitu. Les maisons de Turrenu sont ruinées. L’église de San Protheo est abandonnée, sans cloche, la porte ouverte. Celle de San Vitu est en mauvais état. Dès lors, San Parteu n’a plus fait d’office religieux, San Vitu progressivement au bénéfice de San Sari où on y fait l’élection du chasseur en 1585. L’église romane San Vitu sera désaffectée officiellement en 1619 par Mgr Castagnola et l’église paroissiale sera transférée à San Sari (San Zeri) sous le double vocable de San Cesareo et San Vito.
 
L’historien Anton Petru Filippini donne une liste de territoires abandonnés à cause des incursions des Barbaresques ou Infidèles en 1584. Quelques-uns pourraient se situer sur la commune de Rutali : A Chjarza (A "Talza"), Casa Suprana, Monte Rossu (Monte Rottu de Santa Chjara ou Monte Grossu d’Erbaghjolu ?), U Santu, E Piane. En somme, le secteur Est de Rutali. Sur la commune de Borgu, au-dessus de Valrose, l’ancien habitat de la Serra a été envahi aussi cette année-là tout comme San Marcellu dans le Lancone sur la commune d’Olmeta.
 
La chapelle appelée oratorio de Santa Chjara existait en 1658. La porte a été défoncée en 1743 par les Français en renfort des Génois recherchant les rebelles corses et laissée ouverte quelques années.
 
La famille noble Rutali
 
Un document génois de la fin du XVIIe siècle donnant la liste des familles nobles de Corse prend comme point de départ les "domus nobiliorum" de 1454, du temps où la Corse se mit sous la tutelle de l’Office St Georges de la Sérénissime République. Les Rutali di Rutali Nebio y sont mentionnés comme faisant partie alors des quinze familles nobles de Corse avec entre autres les Campocasso de Vallecalle, les Casta de Santu Petru et les Bagnaninchi de Lucciana Marana
           
D’après une version qui nous avait été fournie par le regretté Conseiller général Toussaint Chiarelli, lui aussi issu de cette famille, les Rutali seraient les descendants de deux frères cadets de famille noble originaires de Volterra en Toscane arrivés en Corse au XIIe siècle. Ils étaient mandatés par la République de Pise pour disposer d’un territoire compris entre le Bivincu et Ficaretu et allant de l’étang de Biguglia au plateau d’Ortale où ils s’établirent. Le climat de cette région étant à l’époque infesté par la malaria, les Rutali construisirent par la suite des résidences d’été dans la moyenne vallée du Bivincu.
En fait, les Rutali étaient les seigneurs du Moyen-Âge désignés sous le nom de Obertenghi, Cortinchi et Bagnaninchi qui ont dominé le Nebbiu et l’Ostriconi, la pieve d’Ortu et de Marana, de Lavasina jusqu’au col de Canavaghja di Lentu. Les Bagnaninchi tirent leur nom de leur lieu d’origine qui n’est autre que Bagnaghja à Ortale et peut-être leur château se situait au Castellu de cet endroit tout comme leur « palazzu » palais.
 
Les fonderies :
A Ferrera Vechja à côté du Ponte à Turrenu fonctionnait déjà au début du XVIe siècle.
A Ferrera près de celle de Muratu : cette fonderie avec haut fourneau a fonctionné durant le XVIIIe siècle, le minerai servait alors essentiellement à la fabrication de la Monnaie corse.
 
XIXesiècle :
Une inscription gravée sur une pierre datant de 1875 est placée sur le muret situé en face de la Funtana Vechja. Elle rappelle la croix du Calvaire qui se trouvait à cet endroit. Elle a ensuite été déplacée lors de la construction de la route vers U Vallu et Santa Chjara.
 
XXe siècle :
1930 : Ouverture de la route : D 305 d’Ortale (N° 4) à Rutali
1958 : Ouverture de la route : Rutali-Muratu
1976 : Ouverture de la bretelle : Col de la Madonna di e Piane - Santu Stefanu appelée D 82 qui comprend désormais le tronçon reliant N° 4 ou Ortale à Saint-Florent.
 
XXIe siècle :
 
Chère à tous les habitants de Rutali, A Madonna di e Piane située aux confins d’Olmeta et au premier tournant de la D 305 d’où l’on découvre le village à environ 3 km a été détériorée par la foudre le 28 septembre 2002. Grâce à un élan de générosité au travers d’une souscription, la statue de la Vierge et la réédification de la grotte ont été inaugurées le 3 mai 2003.
Le chanoine Pietrotti, curé de Rutali procéda à la bénédiction de même que le chanoine Albertini, curé de Venzolasca, qui avait béni la première statue en 1951, alors qu’il avait en charge notre paroisse à ses débuts du sacerdoce. La Vierge, reposant sur une grotte admirablement façonnée avec les pierres du coin par les maçons rutalais, ouvre ses bras compatissants et protecteurs sur les passants. Désormais, A Madonna veille sur Rutali et les alentours. Sa présence tout comme les croix et les sanctuaires sur le territoire communal, atteste d’un élan de foi à l’instar de nos anciens dont le regretté Ghjuvanni Cordoliani fait figure de bel exemple.
 

 

 

Figures rutalaises

 

Mathieu RUTALI, Résistant FFL et Commissaire divisionnaire.

Voilà cent ans, le 17 janvier 2018, naissait à Rutali, Mathieu Rutali, cinquième enfant de Paul Jean (plus familièrement Paulucciu) Rutali et d’Ursule Marie (Orsula Maria) née Bonetti. Il s’appelait comme son grand-père Mathieu (Matteu) Rutali. Marié avec Suzanne Theveniau de Chalon sur Saône. Leur fils Jean-Paul Rutali demeurant à Saint-Rémy, est né le 22 septembre 1960.

Ses faits de résistance durant la seconde guerre mondiale et sa carrière dans la police méritent d’être connus.

Extrait du courrier de l’écrivain journaliste anglais Michael Bilton du 15 novembre 2011 : « Mathieu Rutali, qui est venu à Londres en Novembre 1942 pour rejoindre le colonel Passy (de Wavrin) au siège de la BCRA françaises libres dans Duke Street, Londres. J'ai trouvé un document que vous pourriez être intéressée - un dossier sur le temps qu'il a travaillé avec le Special Operations Executive.

Nous savons d'après l'autobiographie de Mme Marie-Madeleine Fourcade du réseau de résistance Alliance, que Mathieu Rutali a été l'un des inspecteurs de police travaillant pour la Surveillance du Territoire, à Marseille le 11 Novembre 1942, quand les Allemands envahirent la France libre. Ce fut quelques jours après l'invasion britannique et américaine de l'Algérie et le Maroc.

Mme Fourcade avait été arrêtée à Marseille et devait être envoyée à la prison de Castres, mais on craignait qu'elle serait immédiatement remise à la Gestapo, et une fois ce qui s'est passé le sort de l'un des chefs de la résistance le plus important en France serait scellé et, s'il est capturée, elle serait transférée à l'avenue Foch à Paris. Là, elle aurait certainement été interrogée et probablement exécutée.

Trois policiers travaillant pour le ST - y compris Mathieu Rutali – ont plutôt offert d'aider Mme Fourcade à s'échapper. Elle leur a dit que dans quelques jours ils pourraient eux-mêmes être à Londres. Entendant cela Rutali Mathieu dit qu'il doit immédiatement retourner chez eux (lui) et dire adieu à sa famille.

C'était le soir du 25/26 novembre 1942, que Mathieu Rutali et deux autres policiers se trouvent à un petit aérodrome à proximité Thalamy Usell dans la Corrèze. Mme Fourcade avait arrangé (commandé ?) un avion spécial RAF - un Lysander - conçu pour atterrir et décoller dans de petits champs de venir les chercher pour les faire voler en Angleterre.

Le pilote de la RAF était un jeune homme appelé Peter Vaughan-Fowler, âgé de 19 ans. Ce n'était que sa deuxième mission. Normalement, ces avions ont pris un ou deux passagers. Les trois hommes étaient tout juste capables de se faufiler dans le compartiment arrière - le dernier a dû plonger la tête la première.

Deux heures plus tard, ils débarquent sur un aérodrome de la RAF appelé Tangmere, près de Chichester, sur la côte sud de l'Angleterre. Ils ont été emmenés en voiture à Londres. Ils ont ensuite été recrutés par les forces françaises libres du général Charles de Gaulle et ont été affichés sur le contre-espionnage fonctions au Bureau Central de Renseignements et d'Action d'en Capt Vaudereuil. Ils étaient basés à Duke Street dans le centre de Londres.

Mathieu Rutali et ses collègues a vécu à 28 Collingham Gardens, Kensington, Londres.

Il a travaillé aussi comme un officier d'état major au quartier général des Forces françaises libres.

A l'origine il n'était pas destiné à envoyer Mathieu Rutali sur les opérations mais ensuite, en août 1943, il rejoint la section RF du SOE - Special Operations Executive - dirigé par André De Wavrin (Colonel Passy) du BCRA à Duke Street. Ces agents ont été formés pour être envoyés en territoire ennemi. Mathieu Rutali a entrepris une formation en parachute spécial au no1 école de formation de parachutistes de la RAF à Ringway, près de Manchester, dans le Nord de l'Angleterre».

Michael Bilton a fait parvenir deux photocopies concernant Mathieu Rutali en août 1943 où se trouve sa date et lieu de naissance (17 janvier 1918 à Rutali) son arrivée au Royaume Uni (UK) le 25 novembre 1942, en avril 1943 attaché au FPC HQ où il fut officier d’état major (staff officer), remarques 18 août 1943 : pas destiné au terrain (campagne), pseudonyme VAN LAAR, mais le  26 août, inscrit au RF à D/CE MI : veuillez donner l’autorisation à cet officier d’assister à STS 51 pour le cours commençant le 30 août 1943. Il n’y a pas d’objection du point de vue de la sécurité, à cet officier qui passe à STS 51, pour le cours qui commence le 30 août 1943.

C’était sa formation pour être parachutiste et être envoyé en territoire ennemi.

Qu’est-il advenu de lui ? Nous savons d’après d’autres sources qu’il assura plusieurs missions dangereuses en Corse, en Italie, avant le débarquement des forces alliées dans ces régions. Le Gouvernement provisoire d’Alger le nomma commissaire de police.

Il a suivi en Angleterre comme en Algérie le Général De Gaulle.

À la Libération, sa conduite lui valut la Médaille de la Résistance, la médaille commémorative des services volontaires de la France libre. Après guerre, il exerça ses fonctions à la tête de divers postes de renseignements généraux et de sécurité publique dans les régions du nord et du centre de la France. En 1960, il est commissaire à Épinal.

Mais le 27 juillet 1962, à Golbey, ce fut sa fin tragique. Deux dangereux cambrioleurs, les frères Faivre, venaient d’être arrêtés mais un troisième homme s’était caché dans la petite cave d’une villa et armé. Le commissaire divisionnaire Rutali avisé arriva, accompagné de nouveaux renforts. Ils étaient prêts à intervenir tandis que le serrurier s’efforçait d’ouvrir la porte à coup de masse. Soudain, des coups de feu claquèrent. Le malfaiteur, un pistolet à chaque main, venait de tirer à bout portant sur les policiers. Le commissaire Rutali s’effondra, mortellement atteint. Le sous-brigadier Mourat fut blessé à la tête et à la jambe. Le cambrioleur fut abattu par le brigadier chef Boulay. Les journaux de l’époque France-Soir, L’Aurore, Le Figaro, l’Est Républicain relatent les faits. Le malfaiteur était un certain Maurice Grisot, tourneur, mais c’était un nom d’emprunt. Il avait loué la villa du 15 mai au 15 août et se disait originaire de Perpignan. Tout d’abord, les enquêteurs annoncèrent qu’il s’agissait d’un nommé François Constantini né en Corse à Sainte Lucie, identité fausse que les policiers avaient fournie à la presse afin de ne pas éveiller l’attention d’un complice dont ils espéraient la capture très rapide. Finalement on dévoila la véritable identité du cambrioleur assassin: Louis Philippe Guglielmi né le 3 avril 1935 à Antibes, dangereux repris de justice évadé de la prison d’Aix-en Provence au début de l’année.

Les obsèques se déroulèrent le 30 juillet 1962 en présence de milliers de personnes, des plus hautes personnalités. Le commissaire divisionnaire Mathieu Rutali, homme exemplaire et tombé victime du devoir, reçut alors la croix de la Légion d’honneur à titre posthume et fut cité à l’ordre de la Nation par le Premier ministre sur proposition du Ministre de l’Intérieur.

Autre insigne honneur : la 23ème promotion de l'école nationale supérieure de la Police (ENSP), 1971/1973, porte le nom de Mathieu Rutali.

Article rédigé par Louis GIACOMONI

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Voir aussi :
Célébration de la Saint Vitus
Festivités
Eglise Saint Vitus, San Vitu
Population à travers les âges
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Situation géographique, Rutali et le Nebbiu (Conca d'Oru)



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